Il y a de ces professions entourées d’un certain mystère. Celles qui sont difficiles à résumer dans un party de Noël. Le travail d’un organisateur communautaire entre dans cette catégorie. Mais Maude Béliveau, résume en peu de mots ce que font les organisateurs communautaires : « rendre le monde meilleur ».

Les organisateurs communautaires (OC) travaillant dans les CISSS et les CIUSSS sont moins de 400 au Québec, mais néanmoins, ils sont des acteurs essentiels du réseau de la santé et des services sociaux et ils réclament une reconnaissance de leur profession car celle-ci est méconnue dans le réseau. Nous avons rencontré quatre d’entre eux, des personnes passionnées qui œuvrent au CIUSSS de la Capitale-Nationale, pour en savoir davantage sur leur travail et pour comprendre leur importance dans la société.

Les OC réclament une reconnaissance de leur profession. « Nos propres collègues qui occupent d’autres professions ne comprennent pas ce qu’on fait, lance Colette Lavoie, le sourire en coin. Les gestionnaires aussi, parfois… » Les OC travaillent notamment au développement des communautés en se mettant au service des plus vulnérables, souligne Maude Béliveau, ceux qui sont dans un moins bon état de santé ou qui vivent des difficultés sur le plan social ou économique en intervenant sur le milieu, l’environnement, les conditions de vie et les réseaux sociaux. « Par notre connaissance du terrain, nous nous assurons que les actions dans la communauté sont appropriées. Moi, j’applique beaucoup de programmes de santé publique, mais je dois remettre certaines choses en question et suggérer des changements pour les adapter à la réalité, pour que les gens les plus à risques puissent utiliser les services, par exemple ».

Les OC sont par définition très polyvalents et doivent naviguer dans les zones grises, rappelle Maude. L’une des qualités requises est donc la capacité d’adaptation. « Nous ne travaillons jamais sur des mêmes dossiers, que ce soit pour la revitalisation d’un parc ou un partenariat avec la Caisse populaire pour un projet collectif. Il faut aussi adapter notre niveau de langage, que ce soit avec des chercheurs ou des personnes vulnérables dans un quartier défavorisé. Il faut aller à leur rencontre et établir des liens pour comprendre comment ça se passe dans leur quartier. »

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« Nous sommes en quelque sorte la liaison entre les milieux les plus défavorisés et les établissements du réseau, résume Colette Lavoie. Ils nous utilisent un peu comme des tentacules : puisque la clientèle marginalisée n’utilise pas toujours les services, nous sommes leurs yeux et leurs oreilles. Par exemple, on aide les infirmières à aller dans des milieux où elles n’auraient pas pu aller afin qu’elles puissent passer leur message. D’autre part, nous intervenons sur les déterminants de la santé, contre les inégalités, donc en amont de ce qui se fait en curatif. Nous pouvons développer des projets de logement social par exemple, en visant la mixité sociale, en créant des endroits qui ne sont pas des ghettos. »

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« Nous devons avoir une compréhension macro des communautés, explique Stéphane Garneau. Nous ne pouvons pas improviser. Nous devons pousser nos analyses du milieu, aller voir ailleurs pour trouver des idées novatrices, comme établir des partenariats avec les chercheurs de l’Université Laval ».

« D’ailleurs, nous sommes très forts dans le réseautage, poursuit Stéphane. Récemment, j’accompagnais un groupe dans le cadre d’un projet de jardin collectif. Moi, je ne suis pas cultivateur! Mais j’accompagne des gens qui savent faire cela, mais qui ne savent pas comment rejoindre la population ou financer un projet. J’aide le monde qui aide le monde. Par exemple, les affaires plates comme les règlements, il faut bien que quelqu’un le fasse. Ça permet à des groupes de cerner leur mission et de savoir s’ils ont les moyens de réaliser leurs projets avec le financement qu’ils ont. À travers tout ça, il faut aussi comprendre un ensemble d’enjeux politiques ».

Après tout, ce n’est peut-être pas un hasard si le président américain Barack Obama était un organisateur communautaire…

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Des gens engagés

Selon Claudia Parent, il faut savoir être rassembleur et travailler avec un ensemble d’acteurs, tout en conciliant des gens et des visions qui sont parfois opposées. Celle qui travaille dans la Basse-ville de Québec est confrontée à la pauvreté, l’itinérance, la prostitution, etc. Elle doit faciliter la cohabitation des gens de toutes les classes sociales. « Le phénomène d’embourgeoisement et l’arrivée de nouveaux commerces, cela nous force à travailler avec tous les acteurs présents pour dégager une vision commune et favoriser la cohabitation.

« C’est un travail très complexe qui demande beaucoup de compétences. Mais il faut aussi avoir une préoccupation pour les gens qui sont mis de côté », résume Claudia. Pour faire ce travail, il faut avoir un sens très fort de l’engagement, note-elle. « Ce sont des valeurs que je porte dans la vie quotidienne, qui me guident : la justice sociale, l’entraide, la capacité des collectivités de se prendre en charge. Nous sommes des professionnels de l’accompagnement. Moi, je suis passionnée de ma profession et toujours contente d’aller travailler ».

Mais cet engagement a un prix. « On travaille le soir et la fin de semaine. C’est là que les citoyens sont disponibles », souligne Colette. Tout près, Stéphane hoche de la tête. « La seule chose qui est constante dans notre travail, c’est le changement. Alors la conciliation travail-famille, pour nous, c’est rock and roll. »

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Relativité salariale : la CSN en action

Les organisateurs communautaires sont des professionnels de l’intervention collective qui agissent notamment sur le développement des communautés, sur les déterminants sociaux de la santé, sur le soutien aux organismes du milieu, tout en contribuant aux programmes-clientèles et de santé publique. Depuis des années, ils réclament un salaire à la hauteur de leurs qualifications et de la complexité des tâches effectuées. En conséquence, la CSN revendique auprès du gouvernement que les catégories mixtes, dont font partie les OC, soient évalués selon les mêmes critères de l’équité salariale. Au cours de la dernière négociation, nous nous sommes entendus avec le Conseil du trésor sur plusieurs catégories, mais les catégories mixtes n’ont pu faire l’objet d’une entente. Voilà pourquoi la CSN déploiera au cours des prochaines semaines un plan d’action visant à appuyer nos pourparlers et les organisateurs communautaires seront directement interpellés.