Alors que le syndicalisme au Québec s’est construit sur un modèle de rapport de force pour contrer l’exploitation « capitaliste », celui des professionnels relève d’une dynamique très particulière basée sur l’expertise. Ceux-ci estiment souvent ne pas avoir besoin d’un syndicat pour parler en leur nom. Jusqu’au jour où ils subissent une injustice ou l’arbitraire patronal…

Par Ginette Langlois, présidente de la FP-CSN

Cette expertise a longtemps été le principal outil de négociation d’un contrat de travail individuel pour les professionnels, au point où les sondages ont démontré que ce groupe avait parfois une perception négative des syndicats. C’est pourquoi la FP-CSN a dû adopter au fil des ans sa propre façon de faire du syndicalisme afin de répondre à leurs besoins spécifiques. Nous devrons d’ailleurs continuer de sortir des sentiers battus pour nous adapter constamment et offrir un mouvement à leur image.

Pour alimenter notre réflexion en ce sens, nous avons invité Louise Boivin, professeure à l’Université du Québec en Outaouais (UQO), à échanger avec les congressistes sur la façon dont notre identité professionnelle influence et teinte notre action collective. Le thème de notre dernier congrès « Ma profession, Ma fédération, Notre force collective » visait à répondre à cette réalité, afin que notre syndicalisme demeure en phase avec le besoin et la réalité des professionnels.

Mieux représenter les professionnels

Quelles sont donc les pistes de solution pour renforcer l’action collective au sein des syndicats de professionnel-les ? Parmi les facteurs qui la favorisent, on retrouve la remise en question de façon efficace de certaines mesures mises en place par les gestionnaires, ainsi qu’un accent mis sur des questions liées à la profession et à la formation.

Il est nécessaire, selon Mme Boivin, de maintenir le caractère démocratique du syndicat, incluant une représentation des femmes dans les instances décisionnelles, mais également par le maintien d’espaces de participation permettant l’implication des membres, de façon à ce qu’ils puissent conserver une influence sur les stratégies. Finalement, l’éducation et la mobilisation au niveau local sont des atouts à ne pas négliger pour maintenir un syndicalisme qui mise sur la solidarité au sein de cette catégorie de salariés.

Cette réflexion alimentera très certainement la vie de nos nouveaux secteurs découlant d’ailleurs d’une révision de nos structures visant à mieux organiser notre action collective.

Un peu d’histoire

La création de notre fédération coïncide avec la naissance du Code du travail et du droit à la syndicalisation des professionnels. Depuis, nous nous sommes renouvelés constamment afin de nous adapter à la réalité des professionnels au Québec, différente sur plusieurs plans de celle des milieux ouvriers traditionnels.

Depuis ses débuts, la participation des professionnels à la vie syndicale n’a rien de naturel, puisque ceux-ci sont surtout recherchés et embauchés pour leurs connaissances. Cependant, la professionnalisation du marché du travail fait en sorte que ce statut n’est plus une exception, mais devient de plus en plus la norme. La nécessité de se regrouper pour se donner une force collective devient peu à peu une évidence dans certains milieux.

Leur syndicalisation est surtout présente au sein des secteurs public et parapublic. En dehors de ces milieux, elle est encore peu répandue, ce qui n’indique pas pour autant qu’ils n’y vivent pas une certaine détresse de manière isolée.

Caractéristiques du statut professionnel

La présentation visait notamment à répondre à cette question : à quoi ressemble un syndicalisme qui mise sur l’action collective, donc sur la solidarité, chez les professionnel-les, tout en prenant en compte ses spécificités ? Nous avons mentionné que l’expertise est au cœur de la particularité de cette catégorie de salariés. Il s’agit donc d’une particularité à défendre, tout comme l’autonomie professionnelle, une autre particularité. Mais il ne faut pas oublier l’engagement des professionnels à l’égard des services et de la clientèle et l’éthique. Finalement, la chercheure rappelle que l’identification à la profession est beaucoup plus forte que dans d’autres catégories d’emplois, une donnée dont il faut aussi tenir compte comme organisation syndicale. Il n’y a donc pas d’incompatibilité entre le statut de professionnel et le syndicalisme. Il s’agit seulement d’être à l’écoute des besoins des membres et de leur offrir une organisation à leur image.