« Il manque déjà d’avocat-es à l’aide juridique, ce sera impossible d’accompagner toutes les victimes qui nous seront référencées, surtout si les règles d’assouplissement administratif sont mises en place pour que ces victimes accèdent plus facilement à l’aide juridique », insiste Suzanne Dame.

La Fédération des professionnèles (FP–CSN) salue l’annonce de la création d’un tribunal spécialisé en violences sexuelles et conjugales, mais estime que le soutien aux victimes de violence sexuelle et conjugale doit aller beaucoup plus loin en s’inspirant du rapport « Rebâtir la confiance », appuyé par les quatre partis politiques, qui propose pas moins de 190 recommandations pour faire une réelle différence dans notre société.

« Ce tribunal propose avant tout une solution au problème d’accompagnement des femmes dans le système pénal », affirme Suzanne Dame, présidente du Syndicat des avocates et avocats de l’aide juridique de Montréal. Cette dernière estime que pour un réel changement social, il faudra notamment bonifier l’éducation des jeunes et renforcer tous les réseaux qui soutiennent les victimes de violences sexuelles et conjugales à différents moments de leurs parcours.

« Le ministre Jolin-Barette annonce une décision importante, mais il ne faut pas oublier que les victimes auront également besoin d’un accès beaucoup plus facile qu’en ce moment aux ressources psychosociales et juridiques », soutient Ginette Langlois, présidente de la FP-CSN, qui représente plusieurs groupes communautaires ainsi que des avocat-es de l’aide juridique.

Manque d’avocat-es

L’ajout temporaire de 11 avocat-es de l’aide juridique qui est prévu pour répondre au téléphone et référencer les victimes ne suffira pas. « Il manque déjà d’avocat-es à l’aide juridique, ce sera impossible d’accompagner toutes les victimes qui nous seront référencées, surtout si les règles d’assouplissement administratif sont mises en place pour que ces victimes accèdent plus facilement à l’aide juridique », insiste Suzanne Dame.

Cette dernière s’inquiète également du risque d’épuisement professionnel pour toutes les personnes intervenantes qui seraient dédiées exclusivement aux cas de violences sexuelles et conjugales. Ces cas sont extrêmement « drainants » psychologiquement et prennent beaucoup de temps. Il faudrait donc prévoir des périodes de ressourcement. « Il faudra de la transparence pour éviter que ce nouveau service s’épuise et se sclérose », ajoute Suzanne Dame.