Pendant que la pandémie crée de plus en plus de détresse dans le personnel de la santé, le gouvernement s’en remet à un programme de pairs aidants pour tenter de faire face à la vague montante de problèmes de santé mentale dans le réseau de la santé. Ce projet va cependant transférer une partie de ce fardeau de soutien psychologique à des employé-es déjà surchargé-es. Cela créera aussi des problèmes de confidentialité entre collègues de travail. Cette stratégie de pairs aidants est proposée par le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) au CHU de Sainte-Justine et à au moins 24 établissements de santé partout au Québec.

Le Syndicat des techniciens-nes et professionnels-les de la santé et des services sociaux (STEPSQ-CSN) du CHU de Sainte-Justine estime que cette récente « stratégie de soutien psychosocial » du MSSS ne fera pas le travail souhaité par le ministre Lionel Carmant. Ce dernier s’est en effet montré sensible à cette question récemment. « Il y a de l’anxiété, il y a de la détresse et il faut agir rapidement avant que cela ne devienne un choc post-traumatique », s’inquiétait-il, après le dépôt d’une enquête épidémiologique troublante de l’INSPQ auprès des travailleuses et travailleurs de la santé.

« Il y a déjà une grande fatigue de compassion chez les professionnelles de la santé. Elles sont par ailleurs encore plus surchargées depuis le début de la pandémie. De plus, nous pourrions nous retrouver dans une situation où nous aurions des informations confidentielles et litigieuses sur une ou un de nos collègues avec qui nous travaillons tous les jours », fait valoir Jessica Goldschleger, présidente du STEPSQ-CSN. Celle-ci fait également remarquer que cette Stratégie de soutien psychosocial du gouvernement va séparer les cadres des syndiqué-es pour justement éviter la dissémination d’informations sensibles entre ces deux groupes. Cette précaution n’a cependant aucun effet entre les syndiqué-es.

PAE inefficace

Le programme actuel d’aide aux employés (PAE) est malheureusement insuffisant et mal organisé. Le STEPSQ-CSN a effectué une enquête auprès de ses membres au sujet du PAE de Sainte-Justine. Ce programme est administré depuis quelque temps par la firme Morneau Shepell qui a acheté l’entreprise ayant remporté le dernier appel d’offres. Or, les membres se plaignent de consultations chez le psychologue qui sont trop peu nombreuses et souvent trop éloignées du lieu de travail ou de résidence. De plus, ce programme PAE du privé a parfois proposé la rencontre avec un sexologue plutôt qu’un psychologue ! Le programme PAE n’arrive en effet pas à recruter suffisamment de psychologues, car les tarifs offerts sont inférieurs à ce qui est disponible ailleurs dans le secteur privé.

« Ce qu’il faut, c’est un programme d’aide qui ne repose pas sur nos épaules et qui répond vraiment à nos besoins grandissants. Le ministre Carmant a raison, il faut éviter que la détresse actuelle ne devienne un choc post-traumatique », conclut la présidente du STEPSQ-CSN.