Les sciences reposent sur des méthodes et des principes partagés par une communauté scientifique. Ces « paradigmes » s’imposent à chaque époque, à la suite des différentes révolutions scientifiques. Nul besoin de rappeler qu’aujourd’hui, l’homéopathie ne s’inscrit pas dans ce courant dominant. Pourtant, elle arrive à changer la vie de tant de gens là où la médecine conventionnelle échoue encore. Ce sont autant de petits miracles qui méritent d’être racontés, au risque de déplaire à ceux qui ne veulent pas les entendre. On dit miracle, mais…

À deux doigts d’une carrière brisée

Linda Arbour est homéopathe depuis 30 ans. Des causes désespérées, elle en a connu. C’est d’ailleurs le lot de bien des homéopathes qui agissent parfois comme le dernier recours de celles et ceux qui ont tout tenté. C’est le cas d’Alain Desgagné, clarinettiste de l’OSM, qui était inquiet pour sa carrière au début des années 2000 en raison de l’arthrite psoriasique qui faisait enfler son index et son majeur. Après avoir consulté un rhumatologue qui avait conclu qu’il ne pouvait rien faire pour lui (on dit d’ailleurs que l’arthrite psoriasique est incurable), il a cogné à la porte de Linda.

« Il y a des raisons derrière une maladie psychique ou physique, explique-t-elle. L’un de nos rôles comme homéopathe selon moi est de découvrir la causalité par le biais des sensibilités personnelles ». Séparé de ses deux jeunes garçons dans une ville éloignée, Alain  voyait ses fils qu’aux deux semaines, le weekend. Lors de la première consultation, cet évènement n’était pas apparu intensément. L’homéopathe a donc trouvé un remède qui semblait convenir à l’ensemble du cas. Pourtant, l’homme ne constate aucun résultat tangible. Durant la deuxième consultation, en insistant plus encore sur les émotions survenues avant l’apparition des symptômes, elle constate l’intensité avec laquelle Alain avait manqué la présence de ses fils à la suite de la séparation. Linda choisit de changer le remède. Cette fois encore, aucune réaction !

Le secret est dans la dilution !

Malgré tout, Linda ne souhaite pas changer de remède, car il correspond très bien à l’émotion ressentie par Alain juste avant l’apparition de ses symptômes, et modifie plutôt la dilution. Elle constate alors une amélioration, lui laissant croire qu’elle est sur la bonne piste. Le remède fait effet, mais chaque fois il ne tient pas ; l’effet se perd après quelques semaines. En observant cette réaction, elle choisit une dilution supérieure. Cette fois, aucun effet. Elle demande alors à un laboratoire de confectionner une dilution intermédiaire qu’elle administre au patient, et cette fois, ça marche ! Après quelques prises du remède sur plusieurs mois, et repris au bon moment, l’arthrite psoriasique disparaît pour ne plus revenir. Alain explique qu’il avait gardé espoir et était demeuré patient parce que même s’il n’avait pas eu d’effet sur l’arthrite psoriasique au début, ses brûlements d’estomac, eux, ont rapidement disparus dès qu’il a reçu le deuxième remède alors qu’avant il devait prendre des antiacides tous les jours.

Le rôle des émotions du patient est donc central, mais le profil du patient peut être plus difficile à établir. Il faut questionner, tisser une toile d’informations, creuser d’intrigantes hypothèses pour trouver le bouquet d’émotions dominantes qui influent sur la santé physique. « On ne tombe pas malade pour rien. Quand une émotion coïncide avec une maladie, c’est là qu’on doit interroger », conclut-elle.  

Dans la vie comme dans les films

L’une des façons originales utilisées par Linda Arbour pour aborder les émotions est d’approfondir celles qui sont intenses, celles liées à des scènes de film. Après avoir fait les liens entre celles-ci et les autres éléments de la consultation, c’est ainsi qu’un fœtus aux prises avec une malformation cardiaque a pu connaître un développement normal à la suite de l’intervention homéopathique de Linda auprès de sa mère.

« Il faut comprendre la sensibilité qui l’a fait souffrir assez pour que cela empêche de développer l’artère pulmonaire, insiste-t-elle. Je l’ai donc questionné sur les émotions du début de la grossesse vécue en montagnes russes ». Le dilemme de garder l’enfant ou pas, de maintenir le couple malgré les chicanes intenses, de se marier avant la grossesse en raison de la pression familiale… la tempête parfaite, en somme.

L’émotion au cœur de l’équation

Linda crée donc une ligne de vie, à partir des symptômes et maladies qui apparaissent tour à tour chez la patiente, et questionne celle-ci pour trouver l’étiologie de la maladie du fœtus. Pour approfondir son profil, elle relève des mots-clés qui se répètent dans l’entrevue avec Violetta, enveloppés d’une intense émotion. On voit apparaître le thème du désir, lié au bonheur pour Violetta et qui n’est pas comblé, et celui de la surprise, de la spontanéité.

« Elle arrive à expliquer pourquoi elle sent que son conjoint ne l’aime pas. Elle n’aime pas ce qui est convenu, préparé d’avance. Elle voudrait que son amour lui soit démontré comme dans certaines scènes précises de film, mais lui ne voit que des caprices. Pour elle, la preuve d’amour est dans la spontanéité », remarque-t-elle.

Violetta lui confie quelques scènes de film qui la chavirent dont celle ou l’héroïne de Made in Manhattan est surprise d’un cadeau qu’elle reçoit d’un homme riche qui prend soin d’elle. « Voici ce que tu mettras ce soir, je passe te chercher », dit la note écrite accompagnant le cadeau, dans cette scène de film. Cette scène représente pour Violetta « un geste qui va au-delà du devoir, qui permet de se sentir importante, comme une princesse ».

Or, sa vie quotidienne représente tout le contraire d’une scène de film : la femme est triste de ne plus être gâtée comme au début de la relation, son conjoint ne célèbre plus ses anniversaires comme elle les aimerait ou encore souligne la St-Valentin avec le cadeau des plus convenus : le chocolat.

Est-il possible de tomber malade simplement par un fort besoin de spontanéité ? C’est bien ce que croit Linda, qui creuse donc ce thème et fait ses recherches pour trouver un remède qu’elle ne connaît pas encore : Eugenia Jambosa. Cela s’avère concluant, à la grande surprise des médecins : l’artère pulmonaire se développe ! « Un bébé miracle » conclut le médecin. Et par la même occasion, durant le traitement du fœtus par l’entremise de la mère, la fibromyalgie dont souffrait Violetta disparaît également.

Le Larousse définit le terme « miracle » comme étant quelque chose d’inattendu, « surprenant dans son efficacité » ou encore comme un « fait, résultat étonnant, extraordinaire, qui suscite l’admiration ». En écoutant les nombreux témoignages partagés lors du congrès du 30e anniversaire du Syndicat professionnel des Homéopathes du Québec (SPHQ), c’est bel et bien ce mot qui nous vient en tête. Pourtant on passe bien du miracle à la « science » lorsqu’un même effet peut être observé fois après fois. Eugenia Jambosa pourra apporter la guérison chaque fois qu’un évènement rejoignant une sensibilité semblable à celle de Violetta, sera la cause de la maladie. Malgré l’apparence d’un consensus scientifique, les cas d’Alain et de Violetta démontrent bien ce que l’homéopathie peut apporter, selon le président du SPHQ, Paul Labrèche : « redonner un sens à la vie de quelqu’un ». Un « miracle » à la fois.